Cette maison se trouve principalement dans l'unité paysagère des Grands Monts, dans le Jura, plus connue sous l'appellation Haut-Jura.
Isolé, ce modèle, qui contient toutes les fonctions nécessaires à la vie en autarcie, résulte de la conjugaison de deux facteurs : la mainmorte et les conditions climatiques.
A partir de la révolution où la mainmorte disparaît, les premiers villages se constituent.
Illustration 1 : dessin PNR du Haut-Jura. Maison dans la combe
Afin d’éviter l’accumulation de neige sur les toits et de se protéger des facteurs climatiques, la maison est toujours implantée dans le sens des vents dominants qui correspond à l’axe de la combe.
Illustration 2.
Maisons implantées dans l'axe de la combe
Illustrations 3 et 4. Implantation de la maison selon le vent dominant et l'axe de la combe
Les valeurs des propriétés agricoles dépendaient ensuite de l'ensoleillement lié au lieu d'implantation par rapport à la combe : les fermes situées à l'adret, versant au soleil, étaient implantées parallèlement à la combe avec une façade principale au soleil.
Une implantation à l’ubac, a pu conduire à une rotation de la maison d’un quart de tour pour bénéficier d’un meilleur ensoleillement. Le faîtage se retrouvant alors perpendiculaire à la combe, la façade principale est alors exposée aux intempéries et protégée par des tavaillons.
Cette maison pastorale est une ferme bloc qui abrite toutes les fonctions dans un même volume : la fonction agricole avec l’étable dont la proximité permettait de profiter de la chaleur dégagée par les animaux, la grange et la cave à fromage, et la fonction habitation avec le logement.
C’est un volume compact d’une emprise au sol rectangulaire, proche du carrée. Dans tous les cas, la grange située à l’étage est accessible par une levée de grange ou directement depuis le terrain lorsque le relief le permet.
Jusqu’au XVIIIème siècle, le logement est en pignon nord-est et s’organise autour d’une pièce centrale occupée par une cheminée en bois : l’outo.
Cette pièce qui sert de cuisine est aveugle.
A côté se trouve une pièce appelée le « poêle » utilisée à la fois comme séjour et chambre à coucher.
Au nord, juxtaposées à la cuisine, se situent 1 ou 2 caves qui servent de cellier et de cave à fromages.
L’étable est implantée sur le mur pignon sud-ouest.
Illustration 8. Coupe et plan d'une maison pastorale (M. Forestier)
Ensuite, la cheminée bois disparaît au profit d’une cheminée en pierre adossée sur un mur de refend.
L’organisation intérieure variera selon les époques avec des fonctions identiques :
- une habitation implantée en façade nord-est et une étable en sud-ouest (Illustration 9),
- une habitation en façade sud-est et une étable à l’arrière (Illustration 10),
- une habitation installée entièrement au sud-ouest bénéficiant ainsi de la chaleur solaire (Illustration 11).
Des chambres sont aménagées à l’étage.
![]() |
![]() |
![]() |
(crédits M. Forestier)
Illustrations 12 et 13. La façade sud-est peut être protégée des intempéries par des coches
Cet espace ensoleillé peut accueillir
des arbres fruitiers en espalier
Illustration 14.
On trouve également une galerie ou « éloge », renfoncement plus profond d’une partie de la façade
principale qui protège les accès au logement et à l’étable et abrite le bûcher.
Cette galerie peut être ouverte ou fermée par un bardage en tavaillons.
La galerie centrale plus récente est sans doute empruntée aux modèles de la vallée de la Valserine.
Illustrations 15 et 16. Galeries et bardage tavaillons
L’extension de la ferme se traduit par l’adjonction d’un bâtiment en pignon dont l’emprise se limite, en général, à la moitié du mur pignon.
Illustrations 17 et 18.
Illustrations 28, 29.
Le Haut-Jura est intéressant à plusieurs titres :
. il montre comment des contraintes climatiques ont déterminé l'emploi de certains matériaux qui eux-mêmes ont donné la tonalité générale du bâti.
. il met en évidence, du fait de la prédominance de l'habitat dispersé, l'importance de la relation entre le milieu naturel et la couleur de l'architecture dans la qualité d'un paysage.
. il permet enfin d'illustrer une des composantes essentielles de la couleur : la texture du matériau.
Climat, matériaux et couleurs
Aux sollicitations climatiques, l'architecture traditionnelle a apporté des réponses dans le choix des matériaux, lui-même déterminé par les possibilités offertes sur le terrain : couverture rugueuse, protection du mur pignon sud-ouest par un bardage. A l'origine, le matériau utilisé était le bois sous forme d'ancelles puis sous forme de tavaillons qui, sous l'effet des intempéries, prennent rapidement une patine gris argenté d’aspect mat.
A la fin du XIXème siècle, le bois est interdit en toiture du fait de sa grande vulnérabilité aux incendies et est remplacé par la tôle galvanisée ou le zinc, matériaux étanches même sur les toitures à faible pente. Sur le plan de la couleur, ils offrent des teintes similaires de gris et gris bleuté et se retrouvent également en façade.
Illustration 30.
Les façades moins exposées présentent un enduit dont la couleur dépendait des sables trouvés sur place.
Ainsi, et dans ce cas précis, les couleurs de l'habitat diffus sont le gris clair, gris bleuté et des nuances d'ocre pour la palette générale.
Les éléments de détail, portes et fenêtres,
déterminent la palette d'accompagnement :
outre le blanc, le rouge sang et des verts.
Illustration 31
|
|
|
|
Paysage, architecture et couleurs
La qualité du paysage de ce secteur réside dans une impression combinée de calme et de force donnée à la fois par le paysage naturel et le bâti qui forment un ensemble harmonieux.
L'architecture, qui se caractérise par l'ampleur de ses volumes, vient affirmer les dominantes du paysage :
. à l'horizontalité des lignes de composition du paysage, répondent une forte emprise au sol de la ferme : la hauteur totale du bâtiment est souvent inférieure à la largeur totale de cette emprise.
. à la lisibilité du paysage participent la simplicité et la compacité des formes.
. au calme et à la douceur des lignes du paysage vient répondre la palette des couleurs définies à l'origine par les matériaux présents sur place (arbre, sable…).
Mais la qualité essentielle de ces couleurs semble être la lumière qu'elles dégagent dans le paysage aux couleurs dominantes de vert ou de blanc selon la saison ; quel que soit le temps, l'habitat traditionnel vient ponctuer le paysage de ses points lumineux sans l'agresser : on peut parler ici de qualité de lumière donnée par la couleur.
Illustration 35.
Illustrations 36, 37.
Couleurs, lumière et matières
Le bâti du Haut-Jura affirme l'importance de la tonalité d'une couleur dans le paysage. Il permet aussi de montrer en quoi la qualité d'une couleur et la perception que l'on en a, sont fonction du support de cette couleur, de la lumière, et du jeu de la lumière avec la texture de ce support.
Un toit recouvert d'une simple tôle galvanisée ou de zinc, renvoie les rayons lumineux qu'elle reçoit, et devient sous le soleil un éclat de lumière dans le paysage.
La qualité chromatique des façades recouvertes de bardages, qu'ils soient en épicéa, ou en tôle emboutie, vient des matières utilisées et du simple jeu des contrastes, des effets d'ombre produits par l'incidence de la lumière sur les micro reliefs formés par les petits éléments de bardage.
Ainsi, la nature du matériau, l'effet de matière, favorisent une bonne accroche de la lumière et participent à la qualité de la couleur.
Illustration 38.
Illustrations 39, 40.
Jusqu’au XVIIème siècle, la construction débutait par la mise en place d’une ossature porteuse en colonnes bois qui supportait la toiture et les planchers. La toiture permettait alors de récupérer l’eau dans les citernes et de confectionner le mortier indispensable à la mise en place des moellons de pierre dont la fonction n’était que du remplissage.
Illustration 19. Schémas système constructif
A partir de là, les murs pignons sont porteurs (voir mur porteur),
les colonnes bois n’assurant leur fonction qu’à l’intérieur de la maison.
Illustration 20. Intérieur, colonnes bois
La mise en œuvre des moellons assemblés au mortier de chaux est grossière, créant ce que l’on appelle des joints incertains. Seul le mur sud-ouest qui doit présenter une meilleure protection contre l’humidité et le froid liés aux intempéries, présente un appareillage soigné et des joints minces.
La façade sud ouest est généralement protégée par des tavaillons.
Les autres sont recouvertes d’un enduit à la chaux qui protège des différentes agressions climatiques : pluie, gel, vent… Pour respecter l’équilibre hydrique de l’ensemble, l’enduit doit être à base de chaux qui permet au mur d’évacuer l’humidité. (Illustrations 21, 22)
Le point sur les enduits à la chaux
Illustration 21. Illustration 22. Croquis Protection de la façade par enduit
Les fenêtres sont plus hautes que larges et de dimensions restreintes : environ 1,00 m par 1,25m.
Elles sont encadrées par des pierres de taille apparentes, ou du bois pour les fermes les plus pauvres ou les ouvertures à l’étage. Ce bois est lors recouvert par un enduit ou un badigeon qui permet de dessiner un encadrement en trompe-l’œil.
Ces fenêtres sont très souvent doublées pour une meilleure protection contre le froid.
Les volets extérieurs sont une invention récente ; seuls des volets intérieurs peuvent être trouvés dans certaines fermes.
Illustrations 25, 26.
La porte de l’habitation, étroite, de l’ordre de 0,90m de largeur, est toujours pleine, en bois et d’un seul battant. Elle est souvent surmontée d’une imposte vitrée permettant d’amener de la lumière à l’intérieur.
La porte d’écurie est de l’ordre de 0,80 m. Elle est pleine, en bois et peut être percée d’une petite ouverture pour l’éclairement et la ventilation de l’écurie. Cette fonction peut aussi être assurée par une petite fenêtre jointive à la porte : le fenestron.
La porte de grange se situe soit en mur pignon, soit sur le mur gouttereau arrière. On y accède par une levée de grange, ou pont de grange, évitant la transmission d’humidité de la terre au mur, ou par le terrain naturel lorsque le terrain le permet. Ses dimensions sont déterminées par le passage d’une charrette de foin. Toujours posée à l’intérieur de la maçonnerie, elle peut être à 2, 3 ou 4 parties permettant le passage d’un piéton ou la ventilation.
Les gonds peuvent être en bois, en pierre ou en métal.
Illustration 27. Croquis maison pastorale, porte et levée de grange
L’adaptation aux conditions climatiques se traduit en toiture par :
- des demi-croupes qui favorisent l’effacement aux vents
- l’absence de saillies de rive en pignons afin d’éviter l’arrachement de toiture.
Illustration 23. Toiture, absence de débord de rive
Afin de profiter de la neige comme isolant, les pentes de toit sont faibles et les matériaux utilisés étaient à l’origine l’ancelle puis le tavaillon dont la rugosité permettait de retenir la neige. Ces matériaux ont été progressivement remplacés par de la tuile, du zinc ou des matériaux métalliques.
L'hiver, les précipitations étant essentiellement solides, l'eau devient rare avant la fonte des neiges. On dispose donc sur le toit des barres à neige qui permettent de retenir celle-ci le plus longtemps possible et ainsi d'avoir une meilleure gestion de l'eau.
Illustration 24. Croquis Adaptation conditions climatiques
Ils sont composés essentiellement des éléments suivants :
Un jardin vivrier permettant à la famille de subvenir à ses besoins
Un four à pain ou fournil : Dans les secteurs à greniers forts, les fours sont à l'intérieur de la ferme ou collés à celle-ci. Dans les secteurs sans greniers forts, les fours sont dissociés de la ferme qui possède alors une cave et un cellier. Une explication à cette disposition pourrait être la volonté de séparer une source de feu du lieu de travail et d'habitation.
Le grenier fort qui permettait de conserver à l'abri d'éventuels feux de la ferme, les éléments essentiels à la survie et à la remise en route de l'activité, ainsi que l'argent, les bijoux et autres objets précieux.
La citerne : indispensable à la vie du fait d'un terrain calcaire au sous-sol karstique, elle est alimentée principalement par l'eau de fonte des neiges et la pluie collectées sur les toits et transportées jusqu'à la citerne par des chéneaux d'épicéa.
Un frêne, résistant jusqu’à – 17° , est très souvent planté à proximité immédiate de la maison. Son feuillage stimule la lactation des vaches, et l’arbre protège la maison de la foudre.
![]() |
![]() |
![]() |
Illustration 5 (gauche). Jardin vivrier, fournil à droite et grenier fort à gauche de la maison.
Illustration 6 (milieu). Citerne devant la maison au pied du mur pignon et grenier fort à gauche.
Illustration 7 (droite). Présence d'un frêne à proximité des habitations.
L’organisation parcellaire est l’expression directe de la politique de la mainmorte et de son droit d'échute qui a amené les serfs à vivre en autarcie, les terres étant toujours situées autour de l'exploitation formant avec la ferme une réelle entité.
Cette pratique a contribué à fossiliser un habitat pionnier dispersé, en interdisant tout déplacement lointain et en empêchant la formation de villages ou de hameaux.
Les parcelles s'organisent en rang perpendiculairement à l'axe de passage situé en fond de combe, axe d'où les colons partaient pour défricher la forêt. Elles sont délimitées par des murets de pierres sèches, les vies.
Illustrations 42 à 44 . Murets de pierres sèches, les vies
"Celles-ci indiquent visuellement un découpage parcellaire regroupant dans un seul et même lot les différents types de sols qui s'étagent du fond de la combe vers les crêtes boisées." (A. Laurent, 2001) :
. une tourbière pour exploiter la tourbe nécessaire au chauffage
. un terrain fertile pour cultiver les céréales
. un terrain dur et plat pour construire la maison
. un pré de fauche pour récolter le fourrage d'hiver
. une forêt pour ses ressources en bois
. un champ d'estive (en altitude) pour montagner les vaches.
La commune la plus caractéristique est celle de Bellecombe
Illustrations 45, 46. Organisation des parcelles, délimitées par les vies.
L’ensemble des activités agricoles occupe la plus grande partie de la ferme qui est avant tout un outil de travail. Cette notion est importante pour comprendre la constante évolution des fermes en fonction du site, du type de production, du développement de l’exploitation et de la modification des pratiques agricoles.
La variété des formes ainsi produites au cours de l’histoire est une richesse du territoire et illustre la notion de patrimoine en mouvement.
Dans le cas de succession au sein d’une même famille, la construction d’une ferme mitoyenne est réalisée en pignon.
Illustration 47.
Retrouvez ici l'ensemble des exemples jurassiens évoquées dans la partie générale Description : pour savoir si une commune possède ces exemples de typologie, utilisez la fonction "Recherche par commune" du site.